Le collège Arthur Giovoni inauguré par les officiels.

  Nice-Matin du 26 septembre 2006
 

  Après les élèves, qui l'ont inauguré avec leurs professeurs il y a 15 jours, à l'occasion de la rentrée scolaire, les personnalités politiques et académiques ont officiellement salué hier matin l'ouverture du collège Arthur Giovoni.
Ange Santini, président du conseil exécutif de Corse a dévoilé la plaque. Geste symbolique, applaudi un par le préfet de Corse, Michel Delpuech; le président de l'assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra; le député-maire d'Ajaccio Simon Renucci; son premier-adjoint Paul-Antoine Luciani ; le recteur d'académie, Gilles Prado et de nombreux invités accueillis par le proviseur, Jean-François Giocanti. Cinq discours ont été prononcés, soulignant, bien sûr, l'importance de cette structure dans la vie éducative locale. Tous les participants à cette cérémonie ont ensuite visité l'établissement réalisé par la Collectivité territoriale de Corse.
  Le collège Arthur Giovoni, bâti sur une parcelle de 2,13 hectares, dispose d'une superficie utile de 8780 m2. Il accueille 920 élèves, dont 120 au sein d'une section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA). Le collège de 5920 m2 comprend 32 salles de cours dont 13 spécialisées, une salle polyvalente associée à un centre de documentation et d'information, divers locaux, 5 logements de fonction, un gymnase, cofinancé par la commune d'Ajaccio, et une salle de sport de 300 m2. Coût global de l'opération: 14 millions d'euros. Un bel outil ouvert dans un quartier en pleine expansion.


Le 25 septembre 2006, lors de la cérémonie d’inauguration ont pris la parole successivement :

Jean François GIOGANTI, principal du collège ;  Paul Antoine LUCIANI, premier adjoint au maire d’Ajaccio ; Simon RENUCCI, député-maire d’Ajaccio ; Gilles PRADO, recteur de l’académie de Corse, Chancelier de l’université ; Camille DE ROCCA SERRA, député de la 2e circonscription d’Ajaccio, président de l’Assemblée de Corse ; Ange SANTINI, président
du conseil exécutif.








Allocution prononcée par Simon RENUCCI, Député-maire d'Ajaccio


Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député,
Monsieur le Président du conseil Exécutif,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Principal,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Aujourd’hui, quelques jours après une rentrée scolaire qui a permis aux professeurs et aux élèves d’en avoir la primeur, le collège Arthur Giovoni dévoile officiellement son visage.
C’est un grand jour pour tous ceux qui ont conçu, conduit et qui ont participé à ce beau projet.
C’est aussi un grand jour pour l’ensemble de la communauté éducative d’Ajaccio et de sa région qui dispose là d’un équipement moderne, propre à répondre aux enjeux de la formation de notre jeunesse.
C’est enfin un grand jour pour la collectivité territoriale compétente et pour notre ville qui, par l’achat du terrain, par sa mise à disposition, par sa participation aux aménagements et aux travaux du gymnase, a apporté une contribution financière et logistique importante à cet investissement.
S’il fallait une preuve de l’efficacité de la décentralisation, le domaine de l’éducation l’apporterait sans contestation. Depuis que l’Etat a transféré cette compétence aux différentes collectivités, les investissements ont atteint -cela est vrai sur l’ensemble du territoire national- des niveaux inégalés. Plus et mieux que ne le faisait l’Etat, les collectivités ont su prendre en compte l’exigence d’amélioration du quotidien de nos enfants, des professeurs et des familles.
C’est à souligner, car c’est bien vers notre jeunesse que doivent tendre sans ambiguïtés toutes nos actions !
Notre mission commune est de lui offrir les meilleures chances d’épanouissement, afin de lui donner les atouts nécessaires pour s’insérer dans la vie sociale et professionnelle.
Dans cette optique, est-il plus beau nom pour un collège d’Ajaccio que de porter celui d’Arthur Giovoni ?
Est-il plus beau nom pour un lieu destiné à transmettre la connaissance qui seule rend l’Homme libre, que celui d’un homme dont le courage, la détermination et l’engagement à un moment où l’espoir avait déserté les cœurs, permirent à la liberté de triompher d’abord à Ajaccio puis en Corse et enfin dans toute la France ?
Est-il plus beau nom que celui d’un homme au destin si singulier qu’il put mettre en application ses idéaux ?
Dans un monde où les repères s’évanouissent et où l’éphémère règne en maître, l’histoire et la mémoire sont devenus à la fois des enjeux d’avenir pour les sociétés démocratiques et des objets de manipulation pour des groupes inspirés par d’abjectes idéologies.
Son nom, avec d’autres bien sûr, est à jamais associé à la lutte contre la barbarie et à la libération de la Corse et il est indispensable que chaque collégien qui pénètre dans cette enceinte s’en souvienne.
En Arthur Giovoni, je veux également rendre hommage, au conseiller municipal d’Ajaccio de 1943 à 1959, au député de la Corse qui, entre 1945 et 1956, participa aux grandes conquêtes démocratiques et sociales de la libération et bien sûr je veux rendre hommage au maire d’Ajaccio de 1945 à 1947.
En 29 mois à la tête de la municipalité, il incarna cette grande tradition progressiste ajaccienne dans laquelle nous inscrivons notre action, et dont certains aujourd’hui encore contestent la légitimité bien qu’elle soit le fruit du suffrage universel, voulant même parfois en nier l’existence au nom d’une vision bornée et partisane de notre ville.
Le monde change, la société change. Il y a toujours ceux qui croient qu’ils peuvent œuvrer au progrès et prônent le changement et ceux qui préfèrent maintenir l’ordre des choses.
Des centaines d’Ajacciens, sans doute quelques-uns uns ici parmi vous, ont découvert la nature et la montagne, les vacances hors du foyer familial grâce à l’action de la municipalité d’Arthur Giovoni en faveur des enfants.
L’Ajaccio d’alors avait ses populations en difficulté pour lesquelles il fallait mener une politique spécifique et résolue. L’Ajaccio d’aujourd’hui a aussi ses populations fragiles et ses quartiers en difficulté. La solidarité d’alors, grâce à un formidable élan populaire, avait permis par exemple, qu’une friche soit transformée en terrain de football sur l’actuel site du complexe Pascal Rossini. La solidarité d’aujourd’hui doit s’exercer dans tous les domaines : logement, culture, sport, éducation, loisir.
Aujourd’hui comme hier, la question sociale que Victor Hugo résumait à la question de ceux qui ont et de ceux qui n’ont pas, demeure posée et demeure entière. Elle doit être la boussole permanente des élus et des responsables. Elle est, soyez en persuadés, notre préoccupation majeure.
Aujourd’hui comme hier, c’est de progrès social, de progrès culturel, de progrès économique, d’égalité des chances, d’égalité d’accès aux soins dont les hommes ont soif ; ils réclament  partout la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité et surtout la dignité.
A Ajaccio aussi, il faut d’abord répondre aux besoins de la population en équipements de toutes sortes – et ce collège en est un exemple – aux besoins en logements, aux besoins en services.
La solidarité nationale doit à cet égard remplir son rôle tout comme les partenariats entre collectivités locales qui sont une exigence forte. Il est important d’être attentif à la mobilisation des énergies, dans le respect des hommes et des institutions, contre l’indifférence et l’absence de dialogue, et d’œuvrer au bien commun.

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

En rendant hommage à la mémoire et à l’action d’Arthur Giovoni, nous avons l’occasion, collective et individuelle, de méditer à la fois sur le sens des valeurs de fraternité et de solidarité et sur l’action à mener pour leur redonner toute leur place dans le monde d’aujourd’hui.
C’est aussi une occasion de revenir sur la dette que tous nos contemporains ont contracté à l’égard de ces hommes et de ces femmes qui résistèrent à la barbarie et allèrent parfois jusqu’au sacrifice pour que triomphe cette Liberté dont notre société abuse parfois.
En cet instant, c’est notre jeunesse que je veux plus particulièrement inviter à méditer sur ces sujets.
Elle porte toutes nos espérances et nous lui faisons confiance.

Je vous remercie.



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Allocution prononcée par monsieur Paul Antoine LUCIANI


Premier adjoint au maire d’Ajaccio, Vice-président de la Communauté
d’Agglomération du Pays Ajaccien

 

 La cérémonie d’aujourd’hui n’est pas une cérémonie ordinaire.
Elle nous renvoie, par le personnage qu’elle honore, à l’un des moments les plus terribles et les plus glorieux de notre histoire moderne.
En même temps, par le très beau collège qu’elle inaugure dans un quartier en pleine mutation, elle nous projette vers demain.
Elle revêt donc, pour Ajaccio  et pour la Corse, une importance singulière : hommage historique et promesse d’avenir, mémoire et projet, voilà le couple dynamique qui lui donne sa pleine signification.
S’il est un hommage mérité en effet, c’est bien celui que la Corse et l’Etat rendent aujourd’hui à Arthur GIOVONI, professeur, président du Front National de Libération, maire d’Ajaccio, député de la Corse, Compagnon de la Libération, décédé il y a plus de dix ans.
Un hommage mérité et pourtant longtemps différé comme si la prophétie contenue de « La complainte du partisan », écrite à Londres en 1943, s’était déjà accomplie :

«Le vent souffle sur les tombes,
La liberté reviendra,
On nous oubliera,
Nous rentrerons dans l’ombre » (1)

Arthur GIOVONI, pour ce qui le concerne personnellement, n’avait jamais rien trouvé à redire à ce message de discrétion et de dignité… Lui qui, après avoir exposé sa vie, contribué à libérer son pays, exercé de hautes responsabilités et connu une popularité exceptionnelle, s’était retiré de la vie publique sans tapage et sans regrets.
Ses amis – qui me font l’honneur d’être ici leur porte parole – ne l’ont pas entendu ainsi. Ils ont voulu que soit conservé le souvenir de son action et de son parcours. Ils ont souhaité que les nouvelles générations puissent s’inspirer de son exemple. Ils savent que la reconnaissance publique de ses mérites honore également tous ceux qui se sont mis au service de la liberté et dont l’action personnelle a permis le progrès général de la société.
Quand j’évoque ses amis, je ne pense pas seulement à son parti et aux militants et sympathisants communistes qui étaient et qui restent naturellement les plus proches de lui. Je pense aux démocrates qui ont uni leurs efforts pour réussir la fête qui nous rassemble aujourd’hui, et tout particulièrement à Paul RUAULT qui a fait renouveler les engagements antérieurs du conseil municipal d’Ajaccio, et qui a soutenu mes propres démarches à l’assemblée de Corse. 
La vérité commande de dire, en effet, qu’il n’a pas toujours été simple de mettre à la place qui leur revenait les hommes et les femmes de la résistance. 
Mais enfin, aujourd’hui, compte non tenu des rues, places et autres édifices publics, quatre établissements du second degré, à Bastia, Propriano et Ajaccio, portent à leur fronton les noms de ces éducateurs qui furent aussi des combattants de la liberté : Jean NICOLI, Simon-Jean VINCIGUERRA, et aujourd’hui Arthur GIOVONI.
Les générations d’élèves qu’ils accueillent seront ainsi en capacité de mieux connaître ce moment crucial de notre histoire, ses enjeux, ses valeurs et l’universalité de ses enseignements.
Moment crucial où, dira plus tard le poète, « arriva la saison des trahisons et des prisons » (2). Moment crucial qui a vu se lever, d’abord quelques poignées, puis des milliers d’hommes et de femmes épris de liberté. Ceux-là avaient compris la nature du nazisme et du fascisme. Ils n’acceptaient pas l’abaissement national. Ils refusaient le pétainisme, véritable escroquerie au patriotisme.
Arthur GIOVONI était l’un d’eux.
Il ne supportait pas l’injustice et la misère, et, très tôt, il avait manifesté une grande détermination.
Lycéen à Ajaccio, il s’était fait remarquer, en classe de philosophie, pour avoir organisé, non un simple chahut, mais une véritable action de protestation contre la mauvaise nourriture. Cette révolte collective lui avait valu d’être exclu, avec quelques autres rebelles, de tous les établissements de Corse…Son père l’avait alors envoyé en Auvergne, où il avait de la famille, pour passer son baccalauréat. Après un séjour à Paris, il revient à Aix où il accomplit ses études supérieures à la faculté des lettres.
Nous sommes en 1933. La montée du fascisme l’inquiète et le pousse à agir. Il adhère au parti communiste. Après son service militaire, il est nommé à Bastia en 1935. Puis revient à Ajaccio, au lycée Fesch, où il est reçu, non sans un certain amusement, par le professeur qui, quelques années auparavant, avait présidé le conseil de discipline qui l’avait exclu !
Cette anecdote minuscule,  assez peu connue, de sa biographie m’a été confiée par sa fille Marie Rose dont je salue la présence parmi nous aujourd’hui.
Je l’ai évoquée car j’ai cru apercevoir, dans ce retournement de situation au sein de l’institution scolaire, une sorte de clin d’œil du destin, un tout petit signe prémonitoire des retournements, bien plus considérables, qu’allait connaître sa vie et celle de ses camarades dans la grande tourmente de l’histoire.
En poste à Ajaccio, Arthur GIOVONI crée le cercle culturel cyrnéen. Albert FERRACCI, dont je salue la présence parmi nous, fut, toute sa vie, l’un des plus proches compagnons d’Arthur GIOVONI. Il était alors élève-maître à l’école normale d’Ajaccio, et il a conservé de ce cercle culturel, le souvenir, je le cite :

« d’une belle école de civisme et de lucidité politique, le souvenir aussi d’échanges passionnés et fiévreux où se bousculaient nos rêves de jeunes gens avides de changer le monde. Sans doute cette école ne fut-elle pas étrangère à notre engagement ultérieur dans la résistance anti-fasciste ».(3)( fin de citation).

Mobilisé comme réserviste en 1939, Arthur GIOVONI est affecté à nouveau à Bastia en 1940. En janvier 1942, il est muté à Rodez sur dénonciation à la légion : il n’avait jamais cessé ses activités politiques et patriotiques.
Les archives départementales de la Corse conservent les traces écrites de la surveillance policière dont il était l’objet, lui et d’autres militants antifascistes.
A Rodez il organise la manifestation de du 14 juillet 1942 et prépare celle du 11 novembre. Mais il n’y participera pas : prévenu par son proviseur que la police de Vichy est à ses trousses, il quitte précipitamment son lycée et rentre clandestinement en Corse où ses camarades lui confient à nouveau d’importantes responsabilités.

La grande question de l’heure, c’est la perspective de l’annexion de la Corse par l’Italie fasciste.

Le 11 novembre 1942, les troupes de Mussolini (80 000 hommes qui seront rejoints par 10 000 Allemands) envahissent la Corse.
Le serment de Bastia de 1938, « vivre et mourir Français », formidable réplique populaire aux prétentions mussoliniennes, est toujours dans les têtes et dans les cœurs. Ce sentiment patriotique sera un levier puissant pour la résistance corse qui, durant près d’un an, va écrire de son sang, sur son territoire, une véritable épopée.
Cette épopée ne doit rien au hasard. Elle n’aurait pas été possible sans le courage, la lucidité et la volonté unitaire de ceux qui avaient compris, comme le dira plus tard le poète, que « les blés (étaient) sous la grêle » et qu’il fallait être fou « pour faire les délicats » (4)
C’est au Front National, à ses artisans (les communistes en particulier), et à ses héros, que revient le mérite d’avoir réussi à unir, au delà de leurs différences politiques et religieuses, toutes les forces vives du peuple, pour aboutir, après la capitulation italienne, à un soulèvement populaire et patriotique irrésistible, le 9 septembre 1943.
Dans un grand discours prononcé à Bastia le 9 septembre 1944 en présence d’Arthur GIOVONI, Simon-Jean VINCIGUERRA rappelait cette évidence :
« Ce n’est pas assurément par l’effet d’une baguette magique que l’on forme des chefs et des unités prêtes au combat ; que l’on institue un service de renseignements, un réseau  de liaisons, des refuges ; que l’on reçoit et que l’on répartit cent dix tonnes d’armes dans un pays d’accès difficile, et où l’on comptait un ennemi pour deux habitants, sans parler des bavards et des traîtres….Ce n’est pas au 9 septembre 43 qu’est né le Front national de la Résistance corse. » (5) (fin de citation)
En effet. Le Front National était né bien avant et il s’était affermi dans la lutte grâce au dévouement absolu de ces hommes et de ces femmes qui n’avaient qu’un objectif : libérer leur pays et le reconstruire sur des bases nouvelles. Ils ont consenti, pour y parvenir, les plus grands sacrifices y compris celui de leur propre vie, comme Fred SCAMARONI qui n’a pas parlé sous la torture et s’est donné la mort en prison, comme André GIUSTI et Jules MONDOLONI qui sont morts au combat en pleine ville d’Ajaccio.
Le Front National a su, au bon moment, changer l’axe de la lutte et diriger tous ses coups contre les troupes nazies, ralliant à sa cause une partie de l’armée italienne.
Sur mandat du Front National, Arthur GIOVONI rencontre le colonel des chemises noires, Gianni Cagnoni, qui promet son soutien contre les Allemands. La propagande de la résistance s’adresse à l’armée d’occupation : « Soldati italiani, Mussolini non è il popolo d’Italia ». Mussolini n’était pas, effectivement, le peuple italien…Et l’argument portera.
Ce qui n’empêche ni les représailles, ni les tortures, ni les exécutions comme celle de Pierre GRIFFI, Michel BOZZI, Jean NICOLI et de tant d’autres.
Grâce au sous-marin Casabianca qui assure de périlleuses missions en Corse, transportant des officiers de renseignement et des armes, Arthur GIOVONI rencontre à Alger le Général GIRAUD. Il lui apporte des documents de première importance pour le débarquement souhaité et réclame une aide militaire immédiate car le soulèvement est imminent.

La Corse se soulève le 9 septembre 1943.
Ajaccio sera libre le jour même.

Relayés par le Bataillon de choc, par les goumiers du 1er régiment de tirailleurs marocains, et par des éléments de l’armée italienne, les efforts et les sacrifices de milliers de patriotes corses insurgés portent des coups très durs à l’armée allemande qui se replie vers l’Italie. Ils libèrent la Corse entière… en moins d’un mois !
Il ne peut être question ici de résumer cette page d’histoire et celles qui ont suivi. Retenons simplement que rien n’est venu sans d’immenses sacrifices, et laissons à Arthur GIOVONI le soin d’en tirer l’enseignement principal, je le cite :

« Lorsque le temps aura apaisé les passions personnelles et les querelles partisanes, lorsque des historiens sereins auront élagué le folklore et les légendes, les distorsions volontaires ou non, en s’appuyant sur les documents de la clandestinité, la vérité historique se fera jour et retiendra l’immense élan de tout un peuple contre la tyrannie » (6) (fin de citation).

Cet élan ne faiblira pas : quelques mois plus tard, 22 classes d’âge, tous les hommes valides de 18 à 40 ans, répondront d’un même mouvement, sur un simple avis de presse, à la mobilisation générale pour aller libérer le territoire national.
Cet élan collectif continuera à Ajaccio, avec la municipalité d’union républicaine élue au printemps 1945 et dont l’œuvre sociale est encore dans la mémoire des plus anciens d’entre nous.
On a du mal à imaginer aujourd’hui les difficultés de tous ordres auxquelles il fallait trouver des solutions… avec l’effort de guerre, les destructions, les privations, les problèmes insurmontables de ravitaillement et de transport.
L’équipe dirigée par Arthur GIOVONI, maire en 1945 et député en 1946, et par Nonce BENIELLI son premier adjoint, déploiera des trésors de dévouement et d’imagination pour réparer, nettoyer, équiper, améliorer Ajaccio, en veillant constamment aux besoins, à la santé, aux attentes des plus fragiles.
Le service social municipal avec Noël FRANCHINI et Félicité NICOLAI fera des prodiges… Comment ont-ils fait pour créer, dès le mois d’août 1945, une colonie de vacances à Vezzani,  permettant à 100 enfants de prendre, durant 35 jours, des vacances à la montagne ? Et, pendant l’été 1946, 2 colonies à Palneca et à Corrano offrant à 200 enfants 40 jours de congés ? Et, à l’été 1947, le déplacement à Quenza  de 315 enfants durant 45 jours ?
Ajaccio comptait alors deux fois moins d’habitants qu’aujourd’hui. La ville était sous équipée. Elle sortait de la guerre, épuisée. Ses enfants avaient souffert de privations. Ils étaient mal nourris et il fallait soulager bien des misères. Sans le concours bénévole et la générosité de nombreux Ajacciens, rien n’aurait été possible.
Des résultats chiffrés de cette gestion municipale, qui n’aura duré que 29 mois, ont été publiés. Ils sont d’autant plus éloquents qu’ils ont été obtenus avec des moyens financiers dérisoires, mais avec un enthousiasme et un engagement collectifs impressionnants …aujourd’hui encore.
Cet enthousiasme et cet engagement seront combattus dans la période qui suivra et qui, à la faveur de la guerre froide, verra revenir les vieilles habitudes électorales et les pratiques clanistes.
Arthur GIOVONI sera néanmoins réélu député jusqu’en 1956 et conseiller municipal jusqu’en 1959, avant de reprendre, au début des années 60, son métier de professeur à Paris. Il aura marqué de son empreinte la vie sociale et politique de la Corse et d’Ajaccio durant un quart de siècle.
Le collège qui porte son nom est fort opportunément situé, je l’ai dit plus haut, dans un quartier en pleine mutation, dans la zone d’expansion naturelle de la ville, celle qui va accueillir de grands projets d’aménagement, des logements, des équipements publics. Le collège Arthur GIOVONI est l’une des premières réalisations de ce programme.
On ne pouvait imaginer symbole plus fort. L’avenir ne se construit pas sur le sable des vaines promesses. Il se prépare en prenant appui sur les legs matériels et moraux des générations qui nous ont précédés.
Le Général de Gaulle avait dit, évoquant la continuité historique et morale de son action durant la résistance et la guerre : « Ce que j’ai fait sera une source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu». (7)
Ce propos prémonitoire dépasse la personne et l’action mêmes du Général. Il vaut pour tous ceux qui, dans des circonstances diverses, se sont identifiés à une cause juste et, sans calculs médiocres, ont choisi de s’effacer devant elle. Les hommes disparaissent mais leur exemple ne saurait « rentrer dans l’ombre ».  Ce qui est mémorable doit survivre pour nous instruire.

Le collège Arthur GIOVONI
est une très belle réalisation. Il  porte un nom qui évoque une période tragique de l’histoire du siècle dernier. Un nom qui évoque aussi le courage, le goût des autres, la justice sociale, le refus de l’oppression, le sens de la patrie, la lutte pour la liberté.
Ce collège sera, nous en sommes sûrs, une pépinière « d’ardeurs nouvelles » pour les temps à venir.

Paul Antoine LUCIANI

Notes --------------------------------------------------------------------------------------------------

(1) « La complainte du partisan » :
paroles Emmanuel d’Astier de La Vigerie, dit « Bernard » ; musique Anna Marly
texte écrit en 1943 à Londres, repris plus tard par Joan Baez et Léonard Cohen.

(2) Aragon – Les roses de noël (La Diane française Ed. Seghers  p 69)

(3) Albert FERRACCI –– allocution prononcée à Ajaccio le 26 janvier 1996, à l’occasion du décès d’Arthur Giovoni 

(4) Aragon – La rose et le réséda ((La Diane française Ed. Seghers  p 19)

(5)Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance : « Simon-Jean  Vinciguerra » chapitre III - discours de la libération – p 259

(6) Arthur Giovoni : discours d’inauguration de la rue Maurice Choury à Ajaccio (7 octobre 1989)

(7) Général de Gaulle : cité par Jean l’Herminier (Casabianca – 1949)





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