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Stèle à la mémoire de la résistance

 
Le 16 janvier 2004 à Azilone s'est déroulé, sous une pluie soutenue, la  cérémonie de l'inauguration officielle des monuments aux morts.
 
  Étaient présents ce jour :
 
  M. le secrétaire général de la préfecture
 
  M. Camille de ROCCA SERRA
  Député, président de l'Assemblée de Corse
  
  M. Nicolas ALFONSI
  Sénateur de la Corse du Sud
  Conseiller général de la Corse-du-Sud
  Conseiller régional de Corse
 
  M. Antoine PERETTI
  Maire d'Azilone Ampaza
 
  Mme M.Dominique CHIARISOLI
  Première adjointe
 
  Maître Pierre Dominique De La Foata
  Deuxième adjoint
 
  M. Jourdan GIACOMINI,
  qui a prononcé un discours à la mémoire de la   résistance d'Azilone Ampaza






Stèle à la mémoire des morts pour la France
  14-18 & 39-45





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DISCOURS A LA MÉMOIRE DE LA RÉSISTANCE

 

                                    Monsieur le Préfet,
                                    Monsieur le Maire,
                                    Mesdames et Messieurs les élus,
                                    Mesdames, Messieurs,

En décidant de construire un monument aux morts, notre commune va dire enfin sa reconnaissance profonde à tous ceux qui, par le sacrifice de leur vie, ont permis que la France vive.

En érigeant une stèle pour célébrer la mémoire de la Résistance et d’Arthur GIOVONI  qui, en Corse, l’a créée et organisée, notre commune associe au sacrifice des martyrs, le travail de ceux qui ont survécu.

Ainsi, sont honorés en premier lieu, tous ceux qui sont morts au combat.
Sont honorés en même temps, non seulement l’homme hors du commun qu’a été Arthur, mais aussi tous les membres du premier groupe de la Résistance corse qu’il a formé ici à AZILONE et la population qui, unanime, l’a suivi dans le combat libérateur.

Notre reconnaissance est à la mesure de notre légitime fierté.

A  AZILONE, je suis le dernier survivant de ce groupe, et à ce titre, Monsieur le Maire, vos m’avez demandé d’intervenir au cours de l’inauguration de ces monuments.
J’ai longuement hésité avant de vous dire mon accord … parce que la tâche est difficile …

   - comment citer tous mes compagnons en étant sûr de ne pas en oublier ?
   - Alors que j’étais le plus jeune, parce que j’étais parmi eux et avec eux, suis-je habilité pour autant à parler en leur nom du seul      fait que les aléas de la vie font que je suis le dernier à survivre ?
Ces questions que je me suis posées n’ont pas facilité mon acceptation …
J’ai cependant décidé d’être là et de porter témoignage au seul motif du devoir de mémoire … devoir qui à mes yeux a priorité sur tous les autres.

Décoré de la croix de guerre, Arthur GIOVONI, a été révoqué de l’Éducation Nationale par le gouvernement de Vichy. Il était déjà entré en résistance et cette révocation n’a fait que renforcer sa détermination dans le combat anti-fasciste. La libération du territoire national était pour lui la priorité absolue et c’est tout naturellement  qu’il a choisi son village pour créer le premier groupe de Résistants en Corse. Il était communiste; il était à ce moment là le seul communiste à AZILONE et personne ici ne l’ignorait. Le problème n’était pas là … Je le cite :

        « Pour les Corses, la victoire du fascisme signifiait la perte de la nationalité française »

Plus tard, dans sa préface au livre de Maurice CHOURY  « Tous Bandits d’Honneur » il inclut la Résistance corse dans la Résistance française en écrivant :

        « Monument d’ensemble à la mémoire des héros morts, à la gloire de la Résistance corse, cet ouvrage  - TOUS BANDITS D’HONNEUR -  est par extension un hommage à la Résistance française toute entière et le témoignage qui manquait sur l’épopée de la guérilla »

Oui Monsieur le Préfet, ici tout le monde le sait bien, la Corse c’est la France.  Ce groupe de Résistants d’AZILONE était bien à l’image de notre démocratie française :  autour de l’initiateur communiste on y trouvait toutes les convictions politiques et toutes les formes de pensée. A côté du communiste Arthur il y avait, entre autres, le royaliste Charles SORBELLA ancien maire. Ainsi agissaient ensemble « celui qui croyait au ciel  et celui qui n’y croyait pas ».

Personnellement, j’avais eu l’opportunité et la chance d’écouter en direct l’appel du Général DE GAULLE le 18 juin 1940 : je n’avais pas encore 16 ans, mais l’appel du Général a fait naître en moi, non seulement l’espoir mais la ferme volonté d ‘engagement. Permettez moi de citer  les noms de mes compagnons, permettez moi de citer tous ceux qui à mes yeux ont été les premiers actifs :

        - GIOVONI  Arthur Colonel F.F.I. Compagnon de la Libération
        - CARLI  François   Capitaine  F.F.I. Adjudant du réseau « Pearl Harbour »
        - PIERI  Don Jacques Maire 
        - SORBELLA  Charles ancien  Maire
        - BOZZI  André
        - BOZZI  Antoine
        - CARLI  André
        - CARLI  Charles
        - ETTORI  Philippe
        - FOATA Fernand
        - GIACOMINI  Paul
        - GIACOMINI  Jourdan
        - GIOVONI  Benjamin
        - PIERI  Paul  (dit Lolo)
        - SORBELLA  Michel Ange
        - ETTORI  Philippe adjudant de gendarmerie en retraite était le responsable militaire du canton .

Dans le groupe nous nous connaissions tous, mais chacun ne savait que ce qu’il lui était nécessaire de connaître … nous n’avions rien à craindre de la population mais, au contraire, tout à attendre d’elle, c'est-à-dire l’efficacité et le silence. Ainsi, lorsque François CARLI et André BOZZI étaient au rendez vous du sous marin « CASABIANCA » à la baie d’ ARONE, en février 1943 j’ignorais personnellement l’existence et la date de cette mission : je n’ai appris tout cela que lorsque l’opération était terminée …moins on en savait, moins on courait le risque de parler et plus on était efficace.
Par contre, je savais notre attente de livraison d’armes par mer et par air et, comme tous les membres du groupe je connaissais en particulier le message :
   « les truites du torrent sont délicieuses »
qu’allait prononcer le speaker de   « radio Londres »   pour nous fixer rendez vous au lieu dit « I  CATTAREDI »   (côte 844)   afin de recevoir les parachutes …

Ainsi, le soir du 16 juin 1943, après avoir participé à AZILONE ( chez les  PIERI ) à une réunion clandestine avec André GIUSTI, je me trouvais à AMPAZA  et j’ai pu avoir la certitude que des officiers italiens avaient eu connaissance de notre message et de sa signification.

Dans la nuit, malgré le couvre feu, empruntant les raccourcis peu fréquentés par les occupants, je retourne à AZILONE chez Don Jacques et Lolo PIERI : ils convoquent aussitôt d’autres responsables ( François CARLI et André BOZZI ) et décision est prise: il faut absolument changer le libellé du message !

A la « Serra », arrivé d’ALGER par sous marin, se cachait, muni de son poste émetteur un spécialiste radio. Son nom de combat était GABRIEL …  je ne lui ai jamais connu d’autre nom:  il était l’annonciateur !  Malheureusement son poste venait juste de tomber en  panne; il fallait procéder autrement :

Mon frère Paul et moi même étions alors inscrits comme élèves libres en classe terminale au Lycée d’AJACCIO et à ce titre nous avions  obtenu, à la suite d’une demande formulée par notre père auprès du commandement italien à SAINTE MARIE SICCHE, des « laisser  passer » en vue de nous rendre à AJACCIO pour subir les épreuves du baccalauréat qui commençaient le lendemain 17 juin.  Je propose à mes compagnons d’accomplir la mission en prenant contact avec Jean NICOLI par l’intermédiaire d’André CARLI, qui, pour les besoins de la cause avait en gérance, en compagnie de Néné FRANCHI, la Brasserie Nouvelle 50 cours Napoléon à AJACCIO …  J’ai dû plaider pour convaincre mes compagnons qu’en la circonstance, mon frère Paul et moi même étions tout désignés pour cette tâche :

munis de « laisser passer » des autorités d’occupation et de plus, puisque j’étais le plus jeune du groupe, imberbe et à l’allure de gamin, l’ennemi ne pourrait voir en moi que l’écolier que j’étais …

J’ai réussi à emporter la décision à la condition posée par Don Jacques PIERI : même dépourvu de « laisser passer », son frère Lolo nous accompagnera. Ainsi fût fait.
Le lendemain, 17 juin 1943, nous partons tous les trois pour AJACCIO. Nous décidons d’un commun accord et afin d’écarter toute suspicion de l’ennemi, que mon frère  ( il était réfractaire au S.T.O. et passerait plus facilement inaperçu dans la foule des lycéens )   se présenterait au Lycée en vue des épreuves; Lolo et moi même verrions Jean NICOLI. Le 17 juin au soir notre mission était accomplie: Jean NICOLI décidait de faire donner des instructions radios afin que notre message devienne :
   « le jeune matelot aime toujours la mer ; abritez vous sous mon parapluie »

Cette journée du 17 juin devait se terminer tragiquement : à peine Lolo et moi même venions de sortir de la Brasserie que les policiers de l’O.V.R.A  ( équivalent italien de la GESTAPO ) y pénétraient : Jean  NICOLI et André CARLI réussirent à sortir indemnes, Néné  FRANCHI  fût arrêté,  André GIUSTI et Jules MONDOLONI  furent abattus;  un policier italien au moins fit partie des victimes.

Vers la fin juillet ou les premiers jours d’août 1943 (le jour précis n’est plus dans ma mémoire)  le speaker de Radio Londres donne le message attendu. Michel Ange SORBELLA vient au maquis nous avertir. Les groupes des communes environnantes nous prêtent main forte: les armes arrivent enfin en grand nombre et sont distribuées …

Etaient présents, entre autres,
        - pour  CORRANO  et  ZEVACO :  Décius  PERALDI  et  Angelin  POGGI
        - pour  ZIGLIARA :  Loulou  PASQUINI ,  Dominique  ASTOLFI  et  Noël  COSTA
        - pour  FORCIOLO : Ange François  POLVERELLI dit Coco  et  Charles  BARTOLI
        - pour  SAINTE MARIE SICCHE  et GROSSETO : le gendarme en retraite VOGEL et son fils, Pierre COTI,  Dominique  EMILLY,  Paul DUCANI,  Jeannot ORSINI, Jean Baptiste GIANNESINI et Joseph Antoine GIANNESINI .

Il importe aussi de préciser le dévouement de Coco POLVERELLI qui, venant nous ravitailler au maquis,  plongeait dans le TARAVO et ajoutait à notre maigre menu des truites que, seul, il avait l’art d’attraper avec simplement ses mains nues .

Comment oublier de citer les diverses missions accomplies par Antoine  CANAVAGIO  de  CAMPO  et  Nicolas  BOCCOGNANO  de  FRASSETO .

Tout le village d’AZILONE a participé à l’action libératrice et pour être complet il faudrait citer la population toute entière !  Entre autres ,  les familles De la FOATA  Dominique et  De la  FOATA  Joachin;  propriétaires des pressoirs d’huile et moulins à blé et châtaignes ils avaient pris en charge l’intendance. Sans eux rien n’aurait été possible et il va sans dire que tout nous était fourni à titre gracieux :  refusant la nationalité italienne, ils voulaient tous rester français et cela suffisait à motiver leur engagement.

Comment ne pas parler de ceux qui pour des raisons de tous ordres avaient été dans l’impossibilité de rejoindre les maquisards,  tel  FOATA  Sébastien qui,  le jour même de la libération, s’engagea dans le « Bataillon de Choc » avec André BOZZI. Comment oublier surtout ceux que j’ai connus, qui sont partis  et ne sont jamais revenus tels BENVENUTTI Dominique et SORBELLA Octave ?

Après l’attitude héroïque de GIUSTI et MONDOLONI le 17 juin 1943, les italiens effectuent à PETRETO une arrestation massive de patriotes; ils vont tenter de répéter l’opération à AZILONE et choisissent d’agir le jour de la fête nationale.

Le 14 juillet 1943, les chemises noires, en provenance de SAINTE MARIE SICCHE, d’une part et d’OLIVESI d’autre part ( il n’y avait pas de troupes ennemies stationnées ici en permanence ) encerclent la commune. Leur manœuvre est détectée par des guetteurs (le précédent de PETRETO nous  avait servi ) qui donnent l’alerte …
Seuls Jean Marie BOZZI à AZILONE et Pierre QUILICI à AMPAZA sont arrêtés et déportés. L’ensemble du groupe l’a échappé belle !

Le 08/09/1943, jour de la fête patronale d’ AZILONE, dès l’éviction de Mussolini et la capitulation de l’Italie, nous avons, de notre seule initiative, quitté le maquis puis  pénétré dans le village et tous les hommes valides ont pris les armes; il s’agissait d’organiser la lutte avec les villages voisins et faire barrage au passage éventuel des troupes allemandes qui venant de Sardaigne iraient vers AJACCIO ou vers BASTIA en empruntant le col de VERDE

Comment savoir les intentions de l’Etat Major allemand ?   De toutes façons, la RESISTANCE était une action démocratique !  Nos armes étaient des armes de soldats, sans uniformes certes, mais volontaires pour le combat libérateur.

La précision s’impose: il n’a jamais été question de servir faction ou communautarisme … chacun de nous n’avait qu’une seule pensée : libérer la CORSE et par là même la FRANCE.

L’occupation ennemie nous avait privé de tout recours démocratique;  la seule possibilité d’action patriotique était dans le recours aux armes, avec, bien sûr, l’appui de la population toute entière …

Même en limitant mon témoignage à notre micro région ,je ne peux citer tous les actes de bravoure. Je cite simplement quelques compagnons :
        - François CARLI qui a accompli les missions les plus dangereuses : débarquements de sous marin ,  parachutages , transports d’armes
        - André BOZZI qui a souvent accompagné et assisté François
        - André CARLI  qui, lorsque Néné FRANCHI, accusé d’avoir tué un policier italien le 17 juin à AJACCIO , risquait la peine de   mort, a adressé au Tribunal Militaire italien une lettre accompagnée de sa photo d’identité en revendiquant cette action … et c’est ainsi que Néné eut la vie sauve …

Il s’impose aussi de rappeler ici à AZILONE, à la gloire d’Arthur, ce que rapporte Maurice CHOURY : «  Au début d’Août 1943, un agent … de COLONA d’ISTRIA  nous prévient que le colonel de chemises noires CAGNONI  désire entrer en rapport avec les patriotes. Ruse de guerre ?  Provocation ?  Après délibération du Conseil Départemental  GIOVONI  est désigné pour prendre les risques de la rencontre qui a lieu le 11 Août 1943 dans l’arrière boutique  du débit de tabacs de Joseph  GAMBOTTI, boulevard Auguste GAUDIN  à  BASTIA . »

Au cours du contact, « le colonel expose les raisons de son geste … Fils d’un Sénateur républicain de Romagne, il est démocrate …  il s’engage à venir en aide aux patriotes par tous les moyens en son pouvoir »   et fournit de précieux renseignements concernant   « l’emplacement des unités italiennes, leurs mouvements, leur armement ».

Le 5 Septembre, avant de combattre avec son régiment les troupes d’Hitler, il tient ses engagements: il va lui même, utiliser un véhicule de l’armée italienne pour conduire LUC ( Arthur  GIOVONI ) de BASTIA au golfe de LAVA. C’est là qu’avec l’aide de LORRAINE ( Henri  MAILLOT ) et de quelques autres, Arthur,  convoqué par l’ Etat Major du général GIRAUD embarquera sur le  CASABIANCA  pour rejoindre  Alger avec les renseignements obtenus.

Permettez moi, Mesdames et Messieurs d’ajouter un témoignage très personnel, témoignage relatif à toute la CORSE : aussi tôt après la libération, Engagé Volontaire pour la Durée de la Guerre j’ai rejoins à ALGER les Forces Françaises Libres et là,  j’ai eu l’immense joie de retrouver la plupart de mes camarades du Lycée d’ AJACCIO. Comme moi, et avec moi, ils ne visaient qu’un seul but:

        LIBÉRER LA FRANCE TOUTE ENTIÈRE.

 Je voudrais aussi ne pas oublier de rendre hommage et dire toute ma reconnaissance à une grande dame de ce village qui, elle aussi  a disparu. Elle a été ma première maîtresse d’école; elle exerçait ses fonctions au hameau d’AMPAZA : tous les habitants de la commune auront reconnu Madame DE LA FOATA qui a su éveiller en nous l’esprit critique, nous apprendre en particulier l’amour de la langue française, et par là même, l’amour de la France.

Pour terminer mon témoignage , je vais citer Arthur lui même en rappelant la conclusion de son intervention  , à  AJACCIO ,  le jour de la célébration du cinquantenaire de la  Libération de la  CORSE :
«La Résistance n’appartient ni a un seul parti, ni a un seul homme, elle est l’ oeuvre du peuple tout entier.»

                                                                                 Je vous remercie
 
                                                                                                                                     Jourdan  GIACOMINI


 

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N B : Le film de la cérémonie a été tourné et monté par les journalistes de FR3.
 Le CHANT DES PARTISANS a précédé LA  MARSEILLAISE.
 J’ai le regret de constater que l’hymne national a été occulté.                                                                                       
Jourdan  GIACOMINI